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Femmes, N’ayons plus peur d’être intelligentes!!!

Les théoriciennes et militantes féministes ont saisi depuis longtemps ce mécanisme (qu’elles ont nommé le plafond de verre) qui matérialiserait cette ligne invisible qui empêcherait les femmes d’atteindre les hautes sphères décisionnaires et ce dans tous les milieux. Il faut dire parfois que ce fameux plafond de verre devient pour certaines femmes carrément un plafond de fer suspendu au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès. Mais est ce que l’existence de ce plafond de verre-fer, comme les théoriciennes féministes le laissent sous-entendre, émane de l’action directe des hommes?  Une analyse fine de la dynamique de construction de ce fameux plafond laisse plutôt voir une participation active des femmes de la conception de ce plafond.

En effet, plusieurs courants théoriques ont permis de mettre le doigt sur ce mécanisme subtile  notamment ce courant théorique dans le mouvement féministe qui a permis l’explicitation du concept d’empowerment et en sociologie  la théorie de Bourdieu de la violence symbolique.

L’empowerment (une notion difficile à traduire avec exactitude en français) a été d’abord théorisé par des penseurs brésiliens d’origine africaines  dans le cadre de la lutte pour les droits de leurs compatriotes noir-es pour signifier la nécessité de leur inculquer une prise de conscience du pouvoir personnel dont ils sont détenteurs.  Cette action plutôt militante était destinée à changer  la structure des rapports de domination de la population blanche sur la population noire et à la rendre plus égalitaire. Cette notion a été  introduite dans le mouvement féministe par les militantes racisées ( noires africaines particulièrement) d’une part pour contester  l’orientation homogénéisante des revendications féministes plutôt marquées par la suprématie de la cause des femmes blanches et d’autres part pour signifier de la nécessité d’opérer des actions d’incitations et de sensibilisations à la re-prise de leur pouvoir ( le pouvoir en , le pouvoir sur et le pouvoir de…).  À noter qu’on n’en est pas encore à la notion de discrimination positive qui viendra bien après dans la théorie et l’action féministe.

Pour ce qui est de la violence symbolique théorisée par Bourdieu, ce mécanisme opère, selon cet auteur, insidieusement et efficacement et structure les rapports de pouvoir entre dominant-es et dominé-es tendant à légitimer la domination aux yeux mêmes des dominés. Contrairement à ce que nous savons de l’exercice de la violence basé sur l’usage de la force, cette violence symbolique a ceci de particulier qu’elle n’use point de la force. La violence symbolique s’exerce et s’incruste plutôt dans les structures mentales des dominé-es pour s’y installer confortablement et commander et inspirer leurs rapports aux dominants. On comprend bien ici que les circuits de socialisation permettent l’opérationnalisation de la violence symbolique.
Ainsi donc, pour mieux comprendre la persistance de ce plafond de verre-fer alors que presque toutes les statistiques de l’éducation révèlent des performances scolaires des filles, il faut se tourner du côté de la socialisation différenciée (ou la socialisation de genre) des filles et des garçons entamée dès la prime enfance (socialisation primaire au sein principalement de la famille.) En effet, la socialisation « genrée » instaure des prescriptions comportementales différentes des garçons et des filles en vue de la reproduction des rôles de sexes. Ainsi, lorsque cette socialisation différentielle incite et même parfois encourage l’extraversion des garçons et initie les filles à l’introversion; nous comprenons mieux la domination masculine dans les structures sociales, politiques etc.
Au final, au vu de ces éléments non exhaustifs, il n’est pas possible de soutenir la facticité de ce plafond de verre ce qui relèverait de la mauvaise foi. Toutefois, un appel à toutes les femmes pour une prise de conscience de leur part de responsabilité dans le maintien de ce plafond de verre est nécessaire pour espérer sa déconstruction.

 

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The Author

Ndeye Faty SARR

Ndeye Faty SARR

Titulaire d’un Ph.D en sociologie de l’Université Laval à Québec au Canada après un remarquable passage au département de sociologie de l’Université Cheikh Anta Diop où elle a obtenu son Diplôme d’Études Approfondies (DEA) option Sociologie économique et culturelle. Dre Ndèye Faty Sarr –Wane s’est intéressée, dans le cadre de ses recherches doctorales, à l’impact de la microfinance sur l’empowerment des femmes. À la problématique féministe à laquelle elle s’intéresse, Dre Ndéye Faty Sarr-Wane porte un regard interrogateur sur les processus de développement des pays africains. Mme Wane est aussi très impliquée dans la promotion de l’autonomie sociale et financière de femmes sénégalaises à travers des projets productifs. Elle intervient actuellement comme enseignante en sociologie à l’Université de Clermont en Auvergne.

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